Sortie en septembre 2021, Bestia œconomicus de Lucifine
Aujourd’hui, nous allons parler de Bestia œconomicus, l’album Electro Dark post-goth de Lucifine.
Des histoires, des malaises, de l’émotion. La démarche de l’album est claire, Lucifine nous parle
d’humanité. Plus exactement de sa face la plus sombre. Ses rêves et ses conséquences, ses liens et
son isolation. D’un électro dark à un son acoustique presque pop-rock. Un univers sonore riche se
déploie.


L’album s’ouvre avec Self Control, un morceau dynamique, malsain. Les couleurs sonores sont
surprenantes. L’instrumental est à la limite de l’angoisse. L’angoisse d’un univers trop humain.
L’amertume du chant amplifie la sensation du mal être pour finalement nous faire ressentir que la
roue ne peut cesser de tourner. Self Control, c’est se contrôler soi-même quand tout est hors de
contrôle.


On enchaîne avec Pyramide, un morceau à tendance Transe, qui pourrait nous faire penser à
l’ambiance de Juno Reactor. La voix s’amorce en douceur, avec un aspect aérien avant de retomber
dans les graves, autant dans la sonorité que dans l’expression. Car c’est avec gravité que cette voix
nous rappelle à notre réalité, celle qui est dépendante de la hiérarchie sociale. Le titre nous l’évoque,
Pyramide, le symbole du triangle est celui du pouvoir. On rêve ici d’un autre monde que celui que
l’on connait avec désillusion et sans espoir que cela puisse arriver un jour.
La Grande Trollesse a une ambiance synthwave qui nous fait sentir l’odeur de Kavinsky. Très électro,
on ressent la dissonance par rapport à cet aspect très électronique et son sujet, qui est celle de la
confrontation de l’humanité avec Mère Nature. Quant à La Ligne Blanche, sa sonorité évoque le rêve
américain et nous fait imaginer facilement sous les palmiers quelque part en Floride. Jouer avec le
bruit blanc en stéréo est très ingénieux et nous rappelle la fissure, une casse, entre ce rêve et la
réalité. La voix est à la fois douce et puissante. Un équilibre que l’on retrouve sur la 5e
chanson,

Assassin. Une douceur amère autour d’une balade d’amour. Ses refrains sont grandiloquents,
majestueux, la voix s’emporte mais l’histoire est moche. Comme toutes les histoires d’amour
d’aujourd’hui quelque part.


Vibrations est une balade, à l’acoustique accompagnée d’une batterie avec un effet saturé intense.
Un refrain obsédant amorce nos désirs d’en ressentir plus. Et on s’amuse à se sentir le centre du
monde, le temps d’une vibration. Mais là, c’est celle de notre propre téléphone. Puis Toys vient nous
secouer, un électro méchant nous arrache de nos rêveries pour nous emmener vers la manipulation
et le jeu. Sensuel, sadique, torturant sont les mots qui pourraient la qualifier avant qu’on soit
complètement dépaysé avec Hama-zone, un ovni dans cet album. Des airs rappelant les profondeurs
des terres du sud, des vocalises maitrisées et puissantes côtoient celles, qui sont plus douces,
enfantines même.


On retombe dans l’acoustique électronique avec Hayabusa Crash, un morceau à écouter sur une
moto roulant à vive allure sur l’autoroute du soleil. Une Aire continue dans cette lancée, étrangeté
sonore, son acoustique dénudée face à un électro toujours plus organisé, précis, intense. Le centre
de la chanson est exceptionnellement chaotique et nous perd délicieusement dans le mouvement
continu des véhicules. Ces sons réels suggérés avec les synthétiseurs.


On finit avec Bestia oeconomicus, une chanson d’anticipation sentant l’air post-apocalyptique.
Mélancolique, nostalgique, on regrette les temps anciens le temps d’un jeu au piano.
Cet album est à écouter, et à
réécouter, seul dans une pièce noire. Egoïstement.


1.Self Control
2.Pyramide
3.La Grande Trollesse
4.La Ligne Blanche
5.Assassin
6.Vibrations
7.Toys
8.Hama-Zone
9.Hayabusa Crash
10.Une Aire
11.Bestia œconomicus

Bestia oeconomicus